Au King’s College de Londres, un «mur de la diversité» à la place des Pères fondateur
vendredi 21 juillet 2017

Au King’s College de Londres, un «mur de la diversité» à la place des Pères fondateur

 

À l’entrée de la prestigieuse université, les portraits de ces «mâles blancs de plus de 50 ans avec des barbes» sont jugés «intimidants» pour les minorités ethniques, selon certains étudiants et chercheurs, qui souhaitent les voir remplacés.

Le docteur Henry Maudsley, l’un des précurseurs de la psychiatrie britannique, et Sir Frederick Mott, l’un des pionniers de la biochimie, n’ont pas démérité dans leur discipline respective, mais leurs portraits devraient bientôt disparaître de la devanture du King’s College de Londres, l’une des plus prestigieuses universités britanniques, mondialement réputée pour son Institut de Psychiatrie, de Psychologie et de Neurosciences, comme le révèle le Daily Mail .

L’entrée principale du King’s College, un bâtiment des années 1970 assez disgracieux, derrière lequel se cache le campus historique, qui jouxte la très victorienne Somerset House, affiche les portraits de ses pères fondateurs, l’université ayant formé 12 prix Nobel depuis sa création en 1829. Aux yeux de certains élèves et chercheurs, ce passé n’est pas loin de constituer un crime de lèse-diversité. En cause, ces savants britanniques ne seraient que des «hommes blancs de plus de cinquante ans portant la barbe» et, par là, seraient «trop intimidants» pour les minorités ethniques et culturelles, explique le professeur Patrick Leman, doyen en charge de l’éducation au sein de l’Institut de Psychiatrie, de Psychologie et de Neurosciences, qui a justement été fondé en 1924 grâce à une donation du docteur Henry Maudlsey et au projet pédagogique de Sir Frederick Mott. En les remplaçant par des chercheurs représentant les minorités ethniques, l’entrée du King’s College formera ainsi un «mur de la diversité». Les diagrammes d’anatomie humaine de l’Institut devraient aussi être réarrangés pour tenir compte de la «variété des groupes ethniques».

«Nous essayons de refléter la diversité des étudiants que nous avons et d’être plus interculturels et internationaux dans notre manière de développer la science», se justifie le Professeur Leman, qui ne considère pas pour autant qu’il faille «tout jeter à la poubelle». Keith Mott, descendant de Sir Frederick Mott, ne se sent pas offensé par ce projet, mais met en garde contre la tentation des universités d’effacer les parties controversées de leur histoire. Loin de tout understatement, Sam Barrett, le président de la Conservative Association du King’s College, déclare quant à lui que ce «mur de la diversité» illustre un «politiquement correct devenu fou» auquel son université céderait face aux demandes d’élèves militants. «Certains étudiants ont clairement un problème avec le fait qu’un homme blanc leur enseigne. C’est une réalité. Si la personne qui connaît son sujet est blanche, en quoi cela pose-t-il problème?», ajoute-t-il. Déjà, il y a deux ans, une controverse avait éclaté après que le King’s College London eut décroché la photographie de Lord Carey, l’ancien archevêque de Canterbury, qui s’était prononcé contre le mariage homosexuel.

Le Figaro, le 18/07/2017